vendredi 23 novembre 2018

Il y a un an...

Tu rentrais dans notre vie et dans nos cœurs.
Nous étions informés qu’une petite fille, vivant à Mathura, attendait ses parents. Une simple photo, un prénom, et nous étions ravis !
Que de chemins parcourus depuis ce jour! Les huit premiers mois furent éprouvants, ils ont mis nos nerfs en pelote: comment pouvait-il en être autrement quand ne nous parvenaient que de rares informations au fil des mois, que nous t’imaginions en train de grandir loin de nous, que nous nous sentions privés de ces précieux mois de ton enfance? Cette attente fut de loin la pire pour nous, car tu avais déjà conquis nos cœurs et nous nous sentions séparés de toi

.
Nous nous sommes contentés de bien peu de choses, quelques vidéos et photos  , deux trois renseignements médicaux, que nous avons regardés et partagés avec nos proches des centaines de fois, en pestant contre les lenteurs administratives indiennes et les freins de l’association à nous voir partir en Foster care.













Les 4 mois suivants ont filé à toute vitesse, nous étions avec toi et plus rien d’autre ne comptait, même pas les difficultés rencontrées au cours de ce parcours, nous savions que le plus important était là. Tu nous a donné la force de nous battre contre une juge peu scrupuleuse, d’accepter les désagréments et la lenteur de la bureaucratie indienne. Parfois nous avons été découragés mais ton rire d’enfant suffisait à nous rappeler l’essentiel: qu’importent les difficultés, tu es maintenant avec nous.









Tu es une enfant attachante, câline et vive, intelligente et futée, moqueuse et attentionnée, souriante et joyeuse, curieuse et ouverte aux autres: tu es notre rayon de soleil.
Aujourd’hui, pour cet anniversaire de la fondation de notre famille, nous sommes allées déposer ta demande de visa à l’ambassade de France, et nous avons joué à « je te tiens , tu me tiens  par la barbichette «  dans la salle d’attente, que nous avons remplis de tes pitreries et de nos rires à te voir si joyeuse.
Une jolie façon de fêter cet anniversaire!

 Je t’aime Dourga Princesse de Mathura


(et je remercie Iris princesse d’Ephedia, Auriana princesse de Volta, et Talya princesse de Xiris de cette aide magique à ton apprentissage du français)




mercredi 14 novembre 2018

Comment se dire adieu ?

Pas facile de répondre à cette question quand on a ton âge.

Quand tu as compris l’iminence de notre départ définitif de Mathura, ton comportement s’est modifié: tu t’es refermée, tu as multiplié les contacts « rugueux « avec nous, tu es devenue moqueuse vis à vis de nous, bref tu n’étais pas bien. L’avant veille de notre dernière visite, tu as refusé mes câlins au moment du coucher ; pourtant nous avions passé une excellente fin d’après midi au shishu sadan à faire péter les derniers pétards de Diwali.
Je t’ai demandé ce qui n’allait pas, tu n’as d’abord pas voulu me répondre même quand j’ai formulé la phrase à ta place. « Non va t’en , toute seule « m’as tu répondu. Je n’ai bien sûr pas obtempéré, ce comportement était si éloigné de celui de la petite fille qui me réclamait un câlin tous les soirs depuis 2 mois.
«  tu es triste de quitter tes amies et les didis? » et tu t’es mise à pleurer. Le mur d’enceinte de tes émotions était fendu, nous allions enfin pouvoir t’aider à passer ce cap.
D’abord en te promettant que dès que nous aurions quitté Mathura tu pourrais téléphoner aussi souvent que tu le souhaitais à Sheema Mami et Radda,pour prendre des nouvelles de chacun- promesse que tu as voulu vérifier dès le lendemain matin à ton réveil.
Puis en te rappelant que probablement tes amies allaient elle aussi quitter une à une l’orphelinat, soit par adoption soit par transfert au centre pour adolescentes pour les plus âgées. Tu avais déjà vu tellement d’enfants partir avant toi que tu as compris ,je pense , que tu avais le droit de ne pas te sentir coupable de les laisser là.
En te rappelant aussi que nous reviendrions en Inde avec toi dès que tu en aurais envie.
Enfin en te proposant d’alller acheter le lendemain des churi, ou bandle, ces anneaux très colorés que portent les femmes et les fillettes en Inde, pour chacun des enfants en plus des saris que tu avais déjà choisis pour les didis.
Le dimanche à été plutôt agréable , tu étais rassurée. Et nous n’avons pas trop eu le temps de te laisser te morfondre le lundi puisqu’il a fallu courir un peu partout pour acheter tout ce qui était nécessaire pour notre « goûter de départ ». J’avais pensé acheter des glaces mais Sheem mami n’a pas voulu car c’est la saison froide ( 28°C quand maême au soleil!). Nous avions  imaginé un gâteau à la crème en remplacement mais j’ai préféré m’abstenir finalement car je craignais que le petit rdv officiel prévu à 13h qui devait durer 15 min pour officiellement signifier le départ de l’enfant  ne s’éternise. J’ai bien fait il a eu lieu de 15h à 16H15.... après deux heures d’attente de notre taxi en plein soleil.
Rien ne s’est déroulé comme je l’avais imaginé: nous pensions offrir les saris simplement, finalement ça a été fait dans le cadre très officiel et sans émotion du bureau de l’intendant,  qui a d’ailleurs initialement refusé que nous donnnions un sari à 2 des didis pour une raison inconnue. Bien entendu ces 2 didis nous ont « réclamé » leur sari et c’est avec l’aide de Sheema Mami que nous avons pu les récupérer dans le placard où ils avaient été enfermés à clef.
Le goûter a été distribué de façon habituelle, j’avais imaginé disposer tout ça dehors sur une table. Et les litres de jus achetés pour l’occasion n’ont pas non plus été distribués, il faisait trop froid d’après Sheema Mami, ils allaient tous chopper un rhume si ils buvaient autre chose que du thé chaud ( ...) Je comprends mieux maintenant pourquoi tu ne veux plus boire de boisson chaude et ton intérêt pour les jus de fruits!
Mais il y a eu des moments supers, la distribution des churis avec tous les enfants avec des poignets de toutes les couleurs, même les 3 grands garçons en ont voulu. Le vélo que Pinky s’est approprié rapidement, et sur lequel elle est assise sur toutes nos photos!
Les photos qu’il a fallu prendre avec ta petite Riddi vétue de la jolie robe que tu avais voulu lui offrir: pour prendre cette photo, tu as voulu toi aussi revêtir ta jolie robe. Les selfies que j’ai du prendre avec chacune de tes amies en les embrassant. Les photos avec tes didis émues de te voir partir: tu étais avec Pinky l’enfant qui étais restée le plus longtemps au shishu sadan.
Il y a eu des larmes aussi: celle de Priya, inconsolable de te voir pour la dernière fois. Celles de Radda Mami, l’autre didi qui t’avait accompagnée depuis ton plus jeune âge.   Les miennes au moment de franchir les portes de l’orphelinat et les tiennes, libérées dans la voiture qui nous éloignait du shishu sadan et évaporées au vent de la fenêtre par laquelle tu regardais une dernière fois ce chemin que nous ne referons pas avant longtemps.

Et puis arrivée à l’hôtel tu es redevenue l’enfant joyeuse que tu es, tu as recommencé à gambader dans les couloirs avec joie, et tu nous a préparé un festin avec ta dînette.














Diwali

Cette fête est La fête en Inde, c’est la fête de la lumière, du renouveau. A cette occasion , les maisons sont repeintes, recouvertes de guirlandes lumineuses, on s’achète de nouveaux habits pour l’année, et on se réunit en famille. La vie s’arrête pendant 4 jours, les enfants et les administrations sont fermées pendant une semaine.
Il était donc normal que nous nous joignons à ta famille de cœur pour la fêter: le shishu sadan où nous attendaient tes amies.
Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Priti nous ayant conseillé de venir à 13h alors que Vishaal nous avait conseillé de venir à la nuit tombée.
Nous y sommes donc allés à 13 h avec la ferme intention d’y rester jusqu’à la nuit.
En fait nous sommes rentrés bien avant la nuit car le chauffeur souhaitait rentrer fêter Diwali lui aussi avec ses enfant et que ça nous arrangeait bien: cette après -midi avait été pour nous assez épuisante!
Nous avons vécu pendant 3 heures ce que les enfants vivent en continu pendant 4 jours: une succession de personnes haut placées, de club de bienfaisance viennent les bras chargés de pâtisseries et de sucreries, gavant les enfants en prenant des photos et des vidéos, et repartent quand le quota  de bonnes images est atteint. Pour eux, en plus cette année il y avait 2 français à gaver et c’était tout benef!
J’avoue avoir été un peu dégoûtée par cette fête à l’orphelinat: je revois encore cette gamine se planter devant Janui , à peu prêt du même âge qu’elle, et avec aplomb lui refourger  son gâteau et lui planter dans les cheveux une barrette neuve en plastique alors qu’elle en avait déjà 4 et qu’elle n’en voulait plus. Mais la gamine a obtenu ce qu’elle voulait; un selfie avec une orpheline à peine un peu plus jeune qu’elle. Janui , qui 10 minutes avant l’arrivée de ce groupe, pleurait dans son coin parce que ses parents lui manquaient. Et qui s’est empressée de jeter son gâteau sur le tas de gâteau destiné aux singes!
Je sais bien que le grand truc de ces gens c’est de poster ces photos sur Facebook puisque c’est comme ça que j’ai réussi à constituer une photothèque de près de 200 photos  de ces 6 années de ta vie.
Malgré tout, tu étais ravie, tu avais toi aussi jeté leur gâteaux à peine ils avaient le dos tournés, et surtout tu avais eu le droit toi aussi à ton lot de petits cadeaux, et notamment ce serre tête et ses barrettes assorties pour ta chevelure abondante....
Sur le chemin du retour, j’ai commencé à entendre des pétards, j’ai demandé à notre taxi driver de nous trouver nous aussi des pétards et des feux à faire péter. J’en avais acheté un stock car j’avais bien compris que la fête durait 4 jours et que nous pourrions retourner à l’orphelinat faire pêter tout ça avec tes amies.
Nous  avons donc nous aussi largement participé à la pollution de Diwali, pollution sonore et atmosphérique: pendant 4 jours, dès que la nuit tombe, et jusqu’à l’aube c’est une pétarade continue de feux en tous genres qui dégagent leurs fumées et viennent créer une brume de particules fines.
Mais nous avons vu briller les lumières dans tes yeux ainsi que dans ceux de tes amies.














lundi 12 novembre 2018

Nos premières vacances

Nous avions 5 jours devant nous : les papiers avaient été déposés à Delhi pour être légalisés et seraient renvoyés par la poste à Mathura. Notre rdv pour le passeport avait été fixé le 13/11 par Vishaal du fait des vacances de Diwali. Nous avions 5 jours car nous voulions retourner à Mathura pour que tu puisses fêter Diwali avec tes amies. Et il n’était pas question que nous restions à Delhi où nous séjournerions encore plusieurs jours pour les visas.
Que pouvions nous faire pendant 5 jours: visiter Jaipur? ça aurait pu être sympa mais tu as horreur du regard de tes compatriotes sur notre famille, de leurs questions indiscrètes lors des visites des monuments, donc on allait t’épargner la visite de cette ville superbe, tu auras toute ta vie pour y revenir.
Nous voulions que tu gardes un souvenir magique de ces vacances dans ton pays. Après tout tu allais quitter l’Uttar Pradesh pour la première fois de ta vie, après avoir été enfermée entre 4 murs jaunes d’enceinte pendant 6 années de ta vie.
Alors nous avons choisi le safari pour aller voir les tigres.
Nous avons eu la chance de voir deux tigres le premier jour, une femelle qui chassait sur les bords d’un ruisseau et se déplaçait entre les roseaux avant de venir croiser notre route pour repartir dans les roseaux, j’ai eu l’impression qu’elle choisissait de venir vers nous pour nous dire : voilà vous m’avez Vu, maintenant foutez moi la paix et laissez moi chasser tranquille. Un énorme mâle qui déambulait sur la piste en s’arrêtant tous les 3 mêtres pour marquer son territoire.
Nous  n’en avons malheureusement pas revu les jours suivants.
Mais nous avons vu tellement d’autres merveilles!Nous avons eu la chance ce de pouvoir visiter 4 zones bien différentes, allant de la zone aride et pierreuse, façonnées par les collines et les canyons des rivières, à des zones de forêt dense , des grandes clairières à l’herbe verte où se reposaient les daims tachetés, ou des plateaux entre les collines, parsemés de lacs , oasis de vie et de verdure.
Nous ne savions pas que nous verrions aussi  des cerfs les pieds dans l’eau d’un lac, des antilopes bleu dans l’ombre des bois, des libellules par centaine volant à l’aube, des couchers de soleil orangés, un aigle balbuzard,  des ours fouillant le sol à la recherche de nourriture , des daims tachetés en famille nous regardant passer tranquillement, accompagnés par des bandes de Lengur , (singes blancs) des mangoustes, des pies mangeuses de pop corn, des crocodiles dormant sur la rive d’un lac et  bien sûr des dizaines de paons, le symbole de ce pays.
Ce séjour t’ a enchanté autant que nous: tu adorais monter dans les jeeps, te faire secouer par les cahots des pistes en t’accrochant bien fort à nous. Et au détours du chemin, à la sortie d’un canyon pouvoir prendre en photo l’un de ces animaux rencontrés régulièrement. Parce que tu avais Ton appareil photo, et tu,pouvais capturer toi aussi des souvenirs de cette nature merveilleuse et si prolifique.
Et puis il y a eu l’hôtel , un château de princesse des milles et une nuit. Un hôtel immense dans un palais  blanc avec des cours successives , où les seuls bruits entendus étaient ceux des oiseaux au bord de la fontaine ou des piscines. Où ton lit était installé dans une alcôve où lorsque tu te réveillais le matin, les taches de lumière du soleil à travers les verres colorés des vitraux donnaient de la couleur à ta journée.
Et puis il y a eu tes rires, aux pitreries de ton papa ou au moment de te coucher , et les nôtres quand tu nous imitais ou que tu te faisais fripouille. Car c’est officiel , tu es une coquine, une fripouille, une canaille et une crapule.

Ces vacances ont été merveilleuses.